Général Maurice Faivre - Historien

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Pour un Islam tolérant

1997, par Maurice Faivre

Plusieurs articles dans le Casoar d’avril ont abordé le problème de l’Islam et de l’islamisme. Sans être un expert en matière coranique, je n’ignore pas les dangers d’une application littérale des sourates de Médine. Je pense que le fondamentalisme n’est pas combattu avec assez de vigueur. Le soutien indirect - indifférence, passivité ou intérêts économiques - que certains gouvernements et courants d’opinion apportent au terrorisme algérien, à la dictature des ayatollah, au génocide des Soudanais du Sud, et même à l’intolérance des Séoudiens, est tout à fait condamnable. La propagande islamiste en France devrait être fermement interdite comme contraire à la Loi.

J’observe cependant que mes amis musulmans, anciens officiers ou anciens harkis, sont à l’abri d’une dérive islamiste. Certains ont même entrepris une réflexion, et engagé une action, pour promouvoir en France un Islam modéré, en accord avec les lois de la République et avec les valeurs chrétiennes. Je voudrais en donner quelques exemples.

1/ Les enfants de harkis de Dreux ont été instruits de la religion musulmane (qu’ils ignoraient) par l’imam itinérant SOHEIB BEN CHEIKH, qui s’est rendu célèbre pour avoir dénoncé l’obscurantisme des islamistes (le Figaro du 15 juin 1994) et affirmé que l’imam qui flatte les fidèles dans leur ignorance est un imam traître (El Watan du 29 mai 1994). L’ouverture qu’il pratique à l’égard du dialogue islamo-chrétien contraste totalement avec les images de l’islam que nous renvoient les médias. Voici quelques extraits de son enseignement (France catholique du 21 octobre 1994) :

"La République française affiche des principes qui séduisent tout homme... Les musulmans doivent réviser leur attitude et accepter cette citoyenneté qui est faite pour tous, chrétiens, juifs, athées et accepter la culture chrétienne ambiante qui fait partie du paysage français...

Ce que cherche le musulman avant tout, c’est le droit à la ressemblance... Notre ressemblance est beaucoup plus importante que nos différences. Nous sommes avant tout des hommes...

La laïcité de la France, la citoyenneté telle qu’elle est conçue, à la fois nous protège en tant que musulmans et nous enchante...

Le foulard n’est pas un signe religieux. C’est une recommandation de pudeur que l’on retrouve dans Saint Paul... Aujourd’hui que la femme est partout présente dans la société et qu’elle l’enrichit par son action, ce n’est pas le voile qui garde sa dignité, mais son épanouissement, sa personnalité, son éducation. Voilà l’esprit des textes. Une lecture littérale ridiculise Dieu.

La République est un espace de liberté pour tous, la charia n’a pas à s’y appliquer... Il suffit d’une grossièreté intellectuelle, comme au Bouillon de culture où Pivot affirmait que le musulman a un droit de vie et de mort sur la femme, pour tout replonger dans l’amertume...

Quand le Christ dit, au dernier jour, j’avais faim ou j’étais étranger et vous m’avez nourri et accueilli. Pour nous voilà le christianisme...

Je pense que la France aura la communauté musulmane qu’elle saura choisir. Il faut que ce soit celle de Cordoue et Tolède, plutôt que celle de la banlieue d’Alger".

2/ On n’a pas remarqué que lorsque le Recteur Boubekeur a présenté la Charte du culte musulman en France , il était entouré d’anciens officiers français, en particulier de Hamlaoui MEKACHERA, Président du Conseil national des Français musulmans, qui vient d’être nommé Délégué à l’intégration. La Charte mérite une lecture attentive, elle affirme en particulier :

"L’Islam, deuxième religion de France par le nombre de ses fidèles, s’affirme à la fois comme une spiritualité à vocation universelle et une communauté désireuse de manifester sa spécificité et son organisation culturelles dans le cadre des lois de la République...

Hier par leur sang versé à Verdun ou Monte Cassino, aujourd’hui par leur labeur, leur intelligence, leur créativité, les Musulmans de France contribuent à la défense et à la gloire de la Nation comme à sa prospérité et son rayonnement dans le monde.

Art. 4. La cohésion sociale et l’unité nationale de la France ne sont pas fondées sur une ethnie ou une religion, mais sur une volonté, celle de vivre ensemble et de partager les principes de la Déclaration des Droits de l’Homme et du Citoyen, et les valeurs républicaines...

Art. 9. La communauté musulmane est invitée dans le Coran à être une "communauté du juste milieu ". La mesure, la modération, la douceur, les vertus de patience, de charité, d’amour et de pardon sont les fondements de la piété musulmane...

Art. 13. L’Islam appelle au respect de la dignité de l’homme. Il refuse toute forme de discrimination et d’exploitation. Il ordonne le respect de la vie humaine...

Art. 15. Soucieuse de respecter la loi républicaine (Article 25 de la Loi du 9 décembre 1905), la présente charte engage la communauté à préserver l’apolitisme et la neutralité des mosquées.

Art. 27. Les musulmans ont su à maintes reprises, par le passé, montrer leur attachement à la République, jusqu’au sacrifice suprême. Les innombrables tombes de nos cimetières militaires frappées du Croissant sont là pour en témoigner.

Art. 29. La communauté musulmane, à l’instar des autres familles spirituelles du pays, entend affirmer son identité et assurer la défense de ses valeurs dans le cadre des lois républicaines.

Art. 33....Ne se réclamant d’aucune autorité religieuse étrangère particulière, les musulmans de France concourent à l’expression d’un Islam qui permet de vivre profondément le message coranique dans un rapport serein à la culture française.

Art. 34. Conformément au message universel du Coran, l’Islam reconnaît la succession des prophètes et la validité des messages antérieurs. Les musulmans partagent avec les juifs et les chrétiens les mêmes valeurs spirituelles issues du monothéisme abrahamique. L’Islam appelle à la reconnaissance réciproque des religions dans l’adoration du Dieu unique et incite les croyants à oeuvrer ensemble dans la société humaine pour le bien de tous.

Art. 35. L’Islam encourage le dialogue inter-religieux, "de la façon la plus courtoise".Puisqu’il n’y a pas de contrainte en religion", les musulmans de France veulent simplement témoigner de leur foi par la bonne parole et l’exemple et rejettent toute forme de prosélytisme intempestif".

3/ J’invite les camarades qui en ont l’occasion à aller visiter la mosquée de Lyon et à s’entretenir avec le grand Muphti (qui a une double culture française et musulmane), et avec les anciens officiers qui constituent le Conseil d’administration de la mosquée. Leur Président est le capitaine KHELIFF., qui est connu pour son intervention à Oran, le 5 juillet 1962, au secours des personnes menacées. KHELIFF était également aux côtés du Recteur B. à la présentation de la Charte du culte musulman.

Certes le dialogue entre chrétiens et musulmans est difficile. Mais je pense qu’il faut encourager et soutenir les efforts de nos amis en faveur d’un Islam modéré et tolérant, et leur montrer que les valeurs chrétiennes, qui sont en profondeur celles de la civilisation européenne, ne doivent pas être confondues avec les modes passagères, aberrantes et perverses qui sont considérées comme "normales et modernes" par les médias (homosexualité, euthanasie, vagabondage sexuel) et même par la Loi (avortement, manipulations génétiques). La licence des mœurs est contraire aux valeurs humaines, et sur ce point, il n’y a pas de différences entre les religions du Livre.

Maurice FAIVRE
Promotion Rhin et Danube (47-49)