Général Maurice Faivre - Historien

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Hollande et les Harkis

Reconnaissance des harkis

30 septembre 2016, par Maurice Faivre

Le 25 septembre, le Président de la République a reconnu les responsabilités des gouvernements français dans l’abandon des harkis, des massacres de ceux restés en Algérie, et des conditions d’accueil inhumaines des familles transférées dans les camps en France. Les données approximatives diffusées à cette occasion méritent d’être relevées, en se référant aux historiens qui ont mis en valeur l’histoire des harkis : Jean Servier, Mohand Hamoumou, Nordine Boulhaïs, François Meyer, Maurice Faivre, Guy Pervillé, Abderahmane Moumen, Remy Valat, Xavier Hautreux, la Fondation pour la mémoire de la guerre d’Algérie et la revue des Temps modernes (1).
Des unités de supplétifs ont été créées au début de la guerre d’Algérie, dans le but de renforcer l’armée française et de faire participer la
population à la défense de leurs villages. Refondues aujourd’hui sous le nom de harkas, ces formations comptaient 150.000 combattants en 1961, dont 120.000 avec armes, et n’étaient plus que 90.000 en 1962. Les tirailleurs et les spahis étaient des soldats réguliers, et non des supplétifs.
Le 3 avril 1962, le général de Gaulle est d’avis d’empêcher les désertions en en finissant avec les auxiliaires, magma qui n’a servi à rien. Ayant obtenu du FLN la promesse de non-représailles, le gouvernement décide le maintien des supplétifs en Algérie (décisions Joxe et Messmer d’avril-mai 1962), sauf pour ceux qui seraient menacés. 90% des supplétifs choisissent de regagner leurs villages. Des dizaines de milliers sont alors massacrés ou emprisonnés, et de 1962 à 1965, seulement 20.600 supplétifs rejoignent la France (66.000 avec les familles).
Débordé par l’exode des Français d’Algérie, le ministre Boulin des rapatriés en laisse la responsabilité au ministre des armées, qui les installe sous la tente dans des camps de transit, avant de construire des baraquements, d’en transférer quelques-uns dans des hameaux forestiers, puis de créer deux camps d’accueil pour les malades et les incasables.
A partir du Président Pompidou, tous les gouvernements se sont intéressé au sort des harkis ; des groupes de travail et des commissions d’enquête ont réuni anciens harkis et fonctionnaires : Prioux et CES en 1963, Barbeau en 1973, Leveau-Meliani en 1991, Rossignol en 1994, Diefenbacher en 2003, Haut Conseil en 2004, IGAS en 2005, MIR en 2006, G12 en 2014. Il en est résulté des plans d’aide : loi de finances de 1964, mesures d’insertion Rocard en 1989, mesures Cresson en 1991, plan Romani-Chirac et statut des victimes de la captivité en 1994, rente viagère Aubry en 1997, loi Mekachera de 2005, plan G12 de 2014. Parallélement, des hommages aux harkis ont été célébrés le 9 décembre 1989 aux Invalides par un gouvernement socialiste et le 11 novembre 1996 par M. Chirac aux Buttes-Chaumont
Les harkis ne sont pas restés plusieurs années dans des camps :
- en octobre 1963, le maximum atteint est de 22.717 personnes ( source Messmer)
- les camps de transit de St Maurice et Rivesaltes ont été fermés à la fin de 1963,
- les camps d’accueil de Bias et St Maurice (1.600 personnes) ont été fermés à l’été 1975,
- il restait dans les hameaux forestiers 5.200 personnes en 1975, et 800 en 1985, soit 1% des harkis rapatriés.
Les camps n’étaient pas des prisons. L’anthropologue Khemisti Bouneb a relaté les difficultés de l’installation : « Pour avoir vécu personnellement avec mes parents harkis dans différents camps, je pense qu’il y a eu une très grande exagération à propos de ces milieux fermés. Les chefs et les monitrices n’étaient pas des monstres ou des sadiques comme le prétendent certains ! ... Parmi les dirigeants de ces camps, souvent d’anciens militaires pieds-noirs ou français de souche, il y avait des gens formidables et dévoués qui ont eu envers les harkis et leurs familles des conduites tout à fait remarquables. Certes ces camps n’étaient pas des hôtels trois étoiles ni des Club Med. Ils étaient constitués de baraquements rudimentaires et il y régnait une discipline stricte, mais ils répondaient aux exigences du moment, à savoir la prise en charge globale de familles rapatriées dans l’urgence ». Des instituteurs (29 sont mis en place en 1963) et des formateurs dispensent une formation scolaire, professionnelles et ménagère. "La bonne volonté éducatrice des monitrices est débordante", affirme l’inspectrice Heinis , futur sénateur de la Manche ; " les discussions des hommes avec le chef de camp ont été très utiles. Tous en gardent un excellent souvenir", reconnaît Mohand Hamoumou. Comme l’affirme le Président Hollande, de nombreux harkis et leurs enfants ont obtenu de bonnes situations.

Les harkis n’ont pas attendu 1974 et 2010 pour être reconnus. Les décrets du 30 mars et du 31 octobre 1961 ont assimilé leur engagement au service militaire. Le décret du 6 novembre 1961 a validé 50% de leurs services. Le décret du 4 décembre 1961 a amélioré leur statut.

Noter que le journal algérien El Watan évoque le 26 septembre " un grave dérapage de Hollande", qu’il considère comme "un sujet porteur de la campagne pour les prochaines élections présidentielles" ; il fait appel au témoignage du dirigeant Ali Haroun, selon lequel jamais l’autorité du FLN en 1962 n’a autorisé ou invité les Algériens à se venger des Harkis......Il y a eu des initiatives à l’échelle locale, dans des villages, contre des gens qui ont aidé le colonisateur...Ces dépassements sont spécifiques aux pays qui ont connu des révolutions. Il donne l’exemple des villageois français qui s’en sont pris spontanément aux collaborateurs nazis" (CQFD). Cette thèse des collaborateurs nazis est reprise par l’ancienne terroriste Zohra Driff.

Les grèves de la faim d’Abdelkrim Klech n’ont apporté aucun progrès social. Les historiens signataires invitent les enfants de harkis à faire des propositions constructives plutôt que des manifestations de rue, et à réaliser l’unité du mouvement harki, plutôt que de soutenir des présidents ambitieux et désunis.. Ceux qui ne connaissent pas l’histoire de leurs parents, devraient étudier l’histoire et se souvenir de l’action courageuse des anciens (entre autres le bachaga Boualem, l’agha Merchi, le commando Georges et les harkis de Paris).
Maurice Faivre

(1) Contrairement à ceux qui présentent un historique partiel : JC Ageron, B. Tricot, B.Stora, Med Harbi.